Qu’est-ce que la normalité ? Comment définir un « homme normal » ? Une vie « normale » ?

A priori, pour beaucoup, y compris chez les experts de la psychologie, celle-ci se définit par une vie relativement tranquille, assez confortable au quotidien, sans grands heurts ou bas, et sans grands hauts non plus. Dit autrement, et vu de ma fenêtre : névroses et psychopathologie de la moyenne, finalement dédramatisées et assez répandues.

Les hypothèses de Freud d’un inconscient malsain et du refoulement de nos pulsions furent bien utiles en leurs temps pour dépasser les corsets idéologiques faisant alors bien des dégâts dans certaines communautés, avant tout bourgeoises et somme toute très minoritaires à l’échelle planétaire.  Quelques années plus tard, Roberto Assaglioli, psychiatre italien proche du courant humaniste de Maslow, contribua à élever le débat (et surtout l’humain), en évoquant le refoulement du sublime. Selon lui, nous allons mal, pas seulement parce que nous avons refoulé nos pulsions, mais avant tout parce que nous avons refoulé notre nature la plus élevée : notre inconscient ou soi supérieur.

Cette approche, qui s’inscrit dans le champ passionnant de la psychologie transpersonnelle, me fait personnellement fortement écho. En particulier en notre époque singulière, où l’idéologie matérialiste ancrée sur les peurs archaïques opère une régression inouïe de la capacité d’autonomie réflexive de la majorité de la population occidentale.

Beaucoup de personnes vont en effet très mal. La crise ne fait qu’empirer un phénomène préexistant, sévissant depuis plusieurs décennies. Nombreux sont les individus que j’appelle « hors-sol », c’est-à-dire ayant perdu la connexion au sacré, qui recouvre autant la connexion au monde d’en bas (la terre, la dimension animale, les éléments) que celle au monde du haut (le ciel, la dimension cosmique, l’invisible).

Ainsi, retrouver le sacré est un double mouvement : ré-enchanter la nature et retisser le lien au divin. Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles.

La psychologie est ô combien utile, certes. Comprendre qui nous sommes, comment notre personnalité s’est construite, prendre conscience de nos fonctionnements, les faire évoluer, augmenter notre souplesse émotionnelle et relationnelle, etc… tout cela est essentiel pour une vie satisfaisante, « normale ».

Mais nous sommes tellement plus que ça ! Tellement plus que nos égos et constructions psychosociales. Une assise psychologique relativement saine et équilibrée n’est qu’une base pour déployer notre véritable nature, et ainsi faire évoluer ensemble, constamment, le moi et le soi supérieur, telle une spirale vertueuse évoluant au gré des prises de conscience successives et de nature différente, tantôt psychologique, tantôt spirituelle.

Comment cheminer ainsi ? Comment déclencher ces prises de conscience ?

Maslow proposait de faire de la place en thérapie aux « peak-experiences » ou expériences paroxystiques, spontanées ou induites, nous mettant en contact avec d’autres niveaux de conscience. Je souscris à cette vision de l’accompagnement prenant en compte les plans plus subtils de l’existence. Par quels moyens ? Tout d’abord, en ouvrant la parole dans nos consultations aux sujets ayant trait à la spiritualité, en échangeant avec nos patients sur nos visions respectives de l’âme, de l’incarnation, des croyances religieuses, du soi-disant paranormal… Ensuite, en favorisant le plus souvent possible les expériences d’état de conscience modifié, pour dépasser le mode par défaut du cerveau et accéder à plus vaste. Les portes d’accès sont multiples : des plus consensuelles, comme l’hypnose, aux plus polémiques, comme les substances enthéogènes.

Je me réjouis ainsi de différents signes récents d’ouverture d’esprit. Notamment l’intérêt et la curiosité du grand public et d’un nombre significatif de professionnels de la santé pour le chamanisme et ses voies de guérison, ce grâce à des personnes précieuses comme Corinne Sombrun. Bien qu’encore ignorée dans notre pays, la révolution annoncée des psychédéliques dans le champ du soin psychique constitue aussi un champ exaltant pour le bond « quantique » que j’appelle de mes vœux, pour les patients et pour tout un chacun.

L’enjeu du nouveau millénaire est de poursuivre notre évolution, désormais au-delà de l’égo, au-delà du « normal ». Il en va probablement de notre survie en tant qu’espèce vivante sur cette planète.

En tant que thérapeutes, soignants, au chevet d’autres frères humains, pour beaucoup désalignés et perdus, je nous invite d’abord à revenir au sol, au « plancher des vaches », aux essentiels de notre incarnation dans la matière, en lien encore et toujours avec le corps. Pour ensuite ouvrir à plus grand, à ces énergies vibrant plus haut en termes de fréquence, moins perceptibles et pourtant si réelles, qui sont notre nature véritable, au-delà des contraintes du temps et de l’espace.

Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles.

N’en déplaise à ma première (et dernière, oups…) psychanalyste (lacanienne, ceci explique cela…), qui, il y a 20 ans, au-dessus du divan, n’avait de cesse de diminuer voire condamner mes insights teintés d’espérance mystique, je suis convaincue aujourd’hui qu’il n’y a pas de psychologie sans spiritualité.

Nous aspirons à un modèle du vivre ensemble qui ne peut plus se contenter du « normal ». Par défaut, beaucoup d’entre nous se dissocient et traversent l’existence en mode automatique. La crise psychosomatique et psychologique actuelle en témoigne également. Elle révèle aussi, par sa violence, la fin d’un paradigme. Good… 

Pour conclure, en citant et remerciant Jean-Yves Leloup, théologien et philosophe, aux mots inspirants, « renonçons à définir l’être humain, il s’agit désormais plutôt de l’infinir ».

Gwenaelle